13 Octobre 2025 · Lecture: 5 min.

 Psychotherapie

Répondre aux traumatismes des personnes déplacées internes: expériences et interventions du PSYCREPH

1. Contexte et vulnérabilité des PDI


Depuis plus de cinq ans, Port-au-Prince est plongée dans une crise humanitaire et sécuritaire majeure, marquée par catastrophes naturelles répétées, instabilités politiques profondes, et surtout par l’insécurité extrême orchestrée par des gangs armés. Ces groupes exercent un contrôle brutal, utilisant la violence, les intimidations, les enlèvements, les extorsions et les assassinats ciblés pour asseoir leur pouvoir. Cette situation force des milliers de familles à fuir précipitamment leur domicile, souvent vers des camps improvisés ou des zones surpeuplées, les exposant à des conditions de vie extrêmement précaires, à l’insécurité constante et à des traumatismes psychologiques sévères.

Les personnes déplacées internes (PDI) vivent alors dans des conditions extrêmement précaires et dangereuses, souvent privées de logement sûr, de nourriture, d’eau potable et d’accès aux services de santé ou à l’éducation.

L’exposition répétée à cette violence directe ou indirecte, combinée à la perte de repères et à l’instabilité quotidienne, accroît considérablement le risque de traumatismes psychologiques graves, incluant stress post-traumatique, anxiété chronique, dépression et troubles comportementaux. Les impacts ne se limitent pas à l’individu: les familles et les communautés voient leur cohésion sociale gravement fragilisée, rendant la reconstruction sociale et psychologique encore plus difficile.

2. Conséquences psychologiques du trauma chez les personnes déplacées internes (PDI) à Port-au-Prince

Depuis plus de cinq ans, les personnes déplacées internes (PDI) à Port-au-Prince subissent les effets dévastateurs des violences des gangs armés, des catastrophes naturelles et de l’instabilité socio-politique. Ces conditions extrêmes ont des répercussions profondes sur leur santé mentale, affectant non seulement les individus, mais aussi les familles et les communautés entières.

Prévalence des troubles psychologiques chez les PDI

Les données récentes soulignent l’ampleur de la crise sanitaire mentale chez les PDI:

  • 35,82 % des adolescents et jeunes adultes déplacés présentent des symptômes sévères de stress post-traumatique (SPT) selon une étude de l’OIM réalisée en 2024.
  • Une étude menée en 2022 indique que 97 % des déplacés climatiques ont ressenti des symptômes similaires au SPT, et 100 % ont souffert de symptômes psychosomatiques liés au stress.
  • Selon l’ONU, plus de 1,3 million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays, principalement en raison des violences des gangs armés.


Manifestations cliniques observées

Les troubles psychologiques les plus fréquemment observés chez les PDI incluent:

  • Stress post-traumatique (SPT): reviviscences des événements traumatisants, hypervigilance, troubles du sommeil.
  • Anxiété généralisée et dépression: sentiment constant d’inquiétude, perte d’intérêt pour les activités quotidiennes, tristesse persistante.
  • Comportements d’automutilation et idées suicidaires: réactions extrêmes face à l’angoisse et à la détresse psychologique.

Ces troubles ont des conséquences dévastatrices sur la vie quotidienne des individus, affectant leur capacité à fonctionner normalement et à interagir avec leur environnement.


Impact sur les familles et les communautés: Le trauma ne touche pas uniquement l’individu. Il affecte également les familles, provoquant des tensions et un sentiment de perte de repères, et fragilise les communautés, en diminuant la cohésion sociale et la solidarité. Cette situation rend encore plus difficile la reconstruction sociale et le soutien aux personnes vulnérables.La situation des PDI à Port-au-Prince nécessite une réponse urgente en matière de santé mentale. Des interventions adaptées sont essentielles pour soutenir ces populations vulnérables et favoriser leur réintégration dans la société.

3. Prise en charge et interventions auprès des PDI à Port‑au‑Prince: Face aux traumatismes graves subis par les personnes déplacées internes (PDI), il est essentiel de mettre en place des interventions psychosociales complètes et adaptées aux besoins spécifiques de chaque individu et de chaque communauté.

Interventions psychosociales et psychologiques

  • Accompagnement psychologique individuel et groupal: Ces séances permettent aux PDI d’exprimer leurs émotions, de traiter leurs expériences traumatisantes et de développer des stratégies de gestion du stress. La thérapie de groupe favorise également le partage d’expériences et le soutien mutuel.
  • Soutien psychosocial pour renforcer les réseaux de solidarité et la résilience: Les interventions incluent l’encouragement à la réorganisation familiale et communautaire, le renforcement des liens sociaux et le développement de mécanismes collectifs de coping pour faire face aux traumatismes.
  • Programmes communautaires pour favoriser la cohésion sociale: Les activités communautaires, ateliers éducatifs, groupes de parole et événements participatifs aident à restaurer la confiance et la cohésion au sein des communautés déplacées, tout en réduisant l’isolement social.

Rôle et réalisations du PSYCREPH

Le PSYCREPH (Centre Haïtien de Réhabilitation Psychosociale et d’Épanouissement) a joué un rôle central dans la réponse aux besoins des PDI sur site:

  • Cliniques mobiles sur les sites PDI: Déployées directement dans les camps ou zones de forte concentration, ces cliniques offrent un accès rapide à des services de santé mentale et de soutien psychosocial, permettant de toucher les populations les plus vulnérables.
  • Accompagnement individuel et groupal: Séances de thérapie brève, suivi psychologique et groupes de parole pour enfants, adolescents, adultes et familles affectées par le trauma et les violences.
  • Ateliers et formations sur la santé mentale et le trauma: Sensibilisation des communautés, formation de relayeurs psychosociaux locaux et détection précoce des troubles psychologiques.
  • Programmes communautaires: Initiatives visant à restaurer la cohésion sociale, renforcer les réseaux de solidarité et promouvoir le bien-être psychologique des PDI sur le long terme.

Objectifs et impacts attendus

L’ensemble de ces interventions vise à:

  • Réduire les effets du trauma sur les individus;
  • Renforcer la résilience psychologique et sociale des familles et des communautés;
  • Restaurer la cohésion sociale et le bien-être collectif.

Grâce à ses actions directes sur les sites PDI, le PSYCREPH contribue de manière significative à soutenir les populations vulnérables, à favoriser la résilience communautaire et à promouvoir un accompagnement respectueux et humain.

4. Sensibilisation et formation

La prévention et la détection précoces des troubles psychologiques chez les PDI nécessitent une action concertée au niveau communautaire. Les habitants, éducateurs et responsables communautaires jouent un rôle clé dans ce processus:

  • Reconnaître les signes de stress post-traumatique et autres troubles liés au trauma :
    Irritabilité, troubles du sommeil, reviviscences des événements traumatisants, isolement social ou comportements à risque doivent être identifiés rapidement.
  • Soutenir les personnes affectées :Offrir une écoute bienveillante, encourager l’expression des émotions et créer des espaces sécurisés pour partager les expériences.
  • Orienter vers des services professionnels lorsque nécessaire: Assurer que les individus présentant des symptômes sévères bénéficient d’un suivi psychologique adapté, notamment via des cliniques mobiles et centres de santé mentale, comme ceux mis en place par le PSYCREPH.

Rôle du PSYCREPH dans la sensibilisation:

  • Organisation d’ateliers de formation pour les relayeurs psychosociaux locaux, enseignants et leaders communautaires.
  • Mise en place de campagnes de sensibilisation sur la santé mentale et le trauma, visant à réduire la stigmatisation et à encourager la recherche d’aide.
  • Développement de protocoles de suivi et d’orientation pour les PDI identifiés comme à risque de troubles psychologiques graves.

Ces actions permettent de renforcer la vigilance communautaire, de faciliter l’accès aux soins et de promouvoir un environnement protecteur pour les PDI.

Conclusion

Le trauma subi par les personnes déplacées internes (PDI) à Port-au-Prince constitue un enjeu de santé publique majeur, aux impacts profonds et durables sur la santé mentale des individus, des familles et des communautés. Ces traumatismes, souvent cumulés avec la violence des gangs, les catastrophes naturelles et l’instabilité socio-politique, fragilisent le tissu social et compromettent la résilience collective.

Pour répondre efficacement à cette situation critique, une approche intégrée et multidimensionnelle est indispensable, combinant:

  • Soins psychologiques adaptés, individuels et groupaux, centrés sur le traitement du stress post-traumatique, de l’anxiété et de la dépression ;
  • Soutien psychosocial et renforcement des réseaux communautaires, permettant de restaurer les liens familiaux et sociaux, et de développer la résilience collective;
  • Sensibilisation et formation des communautés, pour détecter précocement les troubles psychologiques et orienter les personnes vulnérables vers des services spécialisés.

Le PSYCREPH, par ses cliniques mobiles, ateliers de formation, accompagnement psychologique et programmes communautaires, joue un rôle central dans cette réponse, contribuant à réduire les effets du trauma, à renforcer la cohésion sociale et à promouvoir le bien-être et l’autonomie des PDI.

Ainsi, la santé mentale apparaît comme un pilier incontournable de la reconstruction sociale et du développement durable en Haïti, nécessitant un engagement urgent et continu de tous les acteurs, nationaux et internationaux, pour protéger et soutenir les populations les plus vulnérables.


Note: Les informations contenues dans cet article sont basées sur des données disponibles jusqu’en octobre 2025. Les chiffres et les faits peuvent évoluer avec le temps.

 

Écrit par Steeve GUILLAUME
Psychologue clinicien