Résumé
La Journée mondiale de la santé mentale, célébrée le 10 octobre 2025, souligne l’urgence d’investir dans des systèmes de soutien psychosocial accessibles, adaptés et ancrés dans les communautés. Dans un contexte de crises multidimensionnelles marquant la réalité haïtienne instabilité sécuritaire, déplacements internes, précarité économique et traumatismes répétés la santé mentale devient un pilier essentiel du bien-être global. Cet article, rédigé par le Centre Haïtien de Réhabilitation Psychosociale et d’Épanouissement (PSYCREPH), examine les enjeux contemporains de la santé mentale, explore les déterminants socioculturels de la détresse psychologique et met en lumière le rôle crucial des interventions communautaires et psychosociales pour renforcer la résilience individuelle et collective.
1. Introduction
La santé mentale est désormais reconnue comme un déterminant fondamental de la santé publique mondiale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne qu’une personne sur huit vit avec un trouble mental, souvent sans accès à des services adaptés. En Haïti, ce constat est exacerbé par les crises récurrentes: violence armée, déplacements massifs de population, appauvrissement, catastrophes socio-environnementales et fragilisation des structures familiales.
La Journée mondiale de la santé mentale 2025 invite à repenser les stratégies de prévention et d’intervention en privilégiant des approches locales, intégrées et centrées sur les droits humains. Le PSYCREPH, acteur majeur dans ce domaine depuis sa création en 2021, apporte une contribution essentielle à cette vision à travers ses 17 programmes structurants.
2. Contexte haïtien: vulnérabilités, traumatismes et défis psychosociaux
La société haïtienne traverse une période de profonde fragilité. Les études et observations cliniques démontrent que:
- les troubles anxieux et dépressifs sont en forte hausse;
- les enfants et adolescents exposés à la violence et à l’insécurité développent des symptômes de stress toxique;
- les personnes déplacées internes présentent des traumatismes complexes;
- les femmes sont plus exposées aux violences basées sur le genre (VBG);
- l’accès aux soins psychologiques demeure limité, souvent centralisé, et insuffisamment financé.
Dans ce contexte, la santé mentale n’est pas uniquement une question individuelle: elle engage la cohésion sociale, la sécurité, l’éducation et les perspectives économiques.
3. Approche communautaire: un impératif pour 2025
Les interventions en santé mentale doivent impérativement s’adapter aux réalités socioculturelles et communautaires. L’approche communautaire offre plusieurs avantages:
- détection précoce des personnes en détresse;
- réduction de la stigmatisation autour des troubles mentaux;
- mobilisation des ressources locales (leaders, écoles, familles, organisations);
- meilleure accessibilité des services dans les zones à risques;
- renforcement durable de la résilience sociale.
Dans les milieux où le système de santé formel est limité, cette approche devient souvent la seule voie viable pour offrir une assistance psychologique à grande échelle.
4. La contribution du PSYCREPH à la santé mentale en Haïti
En 2025, le PSYCREPH déploie 17 programmes innovants couvrant divers domaines de la santé mentale et de la protection sociale. Ces programmes incluent:
- l’appui psychosocial et psychiatrique communautaire;
- les premiers secours en santé mentale (PSSM);
- le soutien aux femmes victimes de VBG;
- l’éducation émotionnelle en milieu scolaire;
- l’accompagnement des déplacés internes;
- le bien-être des travailleurs et personnes âgées;
- la promotion de la santé sexuelle et reproductive;
- l’autonomisation socio-professionnelle des jeunes.
Ces initiatives sont guidées par trois principes directeurs:
4.1. Humanisation des soins
Mettre la personne au centre de l’intervention, en respectant sa dignité, sa culture et ses droits.
4.2. Accessibilité et proximité
Intervenir directement dans les communautés, y compris dans les zones difficiles d’accès ou affectées par la violence.
4.3. Intégration multisectorielle
Combiner psychologie clinique, éducation, santé publique, sciences sociales et développement communautaire.
Le PSYCREPH s’impose ainsi comme un modèle d’innovation sociale et de leadership en santé mentale dans un contexte de crise prolongée.
5. La jeunesse: un levier essentiel pour la transformation sociale
Le thème mondial de 2025 insiste sur l’importance des jeunes dans la promotion de la santé mentale. En Haïti, ils représentent une majorité démographique mais sont fortement exposés au chômage, à la violence et aux traumatismes. Les programmes du PSYCREPH tels que Jeunesse Résiliente, Éducation émotionnelle scolaire (EESME) ou PAFPRO jouent un rôle déterminant pour:
- renforcer les compétences psychosociales;
- encourager la résilience individuelle ;
- prévenir la délinquance et les comportements à risque ;
- promouvoir des dynamiques communautaires positives.
6. Discussion: renforcer la santé mentale, un enjeu pour demain
Le développement d’une santé mentale durable en Haïti nécessite une vision structurée autour de plusieurs axes stratégiques:
- Financer durablement la santé mentale
- Décentraliser les services pour rejoindre les zones vulnérables
- Former massivement (parents, enseignants, soignants, jeunes leaders)
- Intégrer la santé mentale dans les politiques publiques nationales
- Renforcer la recherche locale et la documentation scientifique
Ces priorités détermineront la capacité du pays à bâtir des communautés résilientes dans les années à venir.
7. Conclusion
La Journée mondiale de la santé mentale 2025 rappelle que la santé mentale n’est pas un luxe: c’est un droit fondamental. Dans un pays marqué par des crises multiples, l’engagement du PSYCREPH démontre qu’une action communautaire organisée, humanisée et scientifiquement informée peut transformer des vies.
Promouvoir la santé mentale, c’est renforcer la paix sociale, protéger les plus vulnérables et contribuer à un avenir plus stable et plus humain pour Haïti.
Écrit par :
Steeve GUILLAUME
Titulaire d’un Master en Psychologie Clinique, Psychopathologie et Psychologie de la Santé,
ainsi que d’un Master en Psychologie Sociale, des Organisations et du Travail.